mardi 13 novembre 2018

S'AIMER SOI-MÊME EST-IL BIBLIQUE…?




Il est aujourd'hui courant d'entendre les chrétiens partager sur la nécessité de s'aimer soi-même avant de pouvoir aimer les autres.
Aussi, pour attester du bien-fondé de leurs propos, ils s'appuient sur des versets comme Lévitique 19.18 "Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Eternel." Ou sur Matthieu 22.37-39 "Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même."
Seulement la traduction de Lévitique 19.18 et son parallèle dans Matthieu 22.37-39 ne seraient-ils pas des erreurs de traduction et de point de vue ?
La traduction par le grec "agapêseis ton plêsion sou hôs seauton" ou "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" provient de la traduction faite par la communauté juive hellénistique dans la Septante vers 270 avant notre ère.
Dans le texte original de ce passage, il n'est nullement question de ce domaine de l’amour, que l'on pourrait qualifier de narcissique, et qui devrait être étendu à autrui…!

La traduction véritable de ce passage est : " Tu aimeras ton prochain, car il est comme toi".

De toutes évidences, le sens du verset change grandement avec cette traduction…! En effet, il ne s’agit donc pas d’une espèce de commandement d’amour en rapport de celui que l'on pourrait avoir vis-à-vis de soi-même et qui s’étendrait aux autres car un tel amour n'est qu’un narcissisme, une charité bien ordonnée qui commence par soi-même. Rien de bien en phase avec le reste de la pensée biblique globale, lorsqu'on s'y attarde un peu…!

En réalité la traduction de l’hébreu en grec appelée "Septante" fut particulièrement inspirée par la fameuse règle d’or qui circulait beaucoup à l’époque de la rédaction de la Septante. Cette règle d'or disait : "traite les autres comme tu voudrais être traité". C’est ainsi qu'un choix de traduction fut fait en relation avec la règle d'or pour en arriver à dire : "aime ton prochain comme tu t’aimes toi."

Savez-vous que plus récemment, c’est dans le contexte du dialogue entre juifs libéraux et chrétiens libéraux, au XIXe siècle et au début du XXe, que la traduction de ce verset prit encore plus d'essor?
A cette époque des protestants libéraux comme Adolf von Harnack qui dialoguait avec le rabbin Leo Baeck, s'accordèrent, par-delà leurs oppositions, en partageant tous deux une conception idéaliste de la religion et répandant ainsi une vision profondément humaniste, tirée de l'influence qu'exerçait aussi sur eux la fameuse règle d’or, particulièrement en phase avec la pensée moderniste de leur siècle, soutenue par les données de la psychologie et des sciences du développement.
Il n'en fallait pas plus pour que cette erreur de traduction se propage au fil des siècles et influence encore aujourd'hui la pensée chrétienne et juive par la même occasion.

Nous en sommes arrivés au stade où beaucoup de chrétiens et même de pasteurs déclarent que l'on doit s’aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres…! Mais une approche moderne de l’amour comme celle-ci, n’a pas grand-chose à voir avec l’amour que Dieu demande dans tout le reste de la révélation particulière qu'est la Bible.
Nous trouvons ici une approche psychologique moderne qui déclare que l’amour du prochain présuppose une bonne estime de soi, une bonne dose d'amour propre…..! 
Mais réalisons nous qu'une telle interprétation ouvre le champ à des comportements anti-bibliques quand on considère que si l'on ne parvient pas à s'aimer soi-même, alors rien n'est plus normal que de ne pas aimer les autres…! Et que tout ceci sous-tend que le narcissisme serait une volonté divine…?!
Une correction au niveau de la traduction de Lévitique 19.18 et Matthieu 22.37-39 permettrait de ramener l'ensemble des croyants devant une conception de l'amour biblique beaucoup plus juste et moins centrée sur l'homme et ses ressentis. 

Notre conception humaine de l’amour ne peut être la norme. 

La norme c'est l’amour de Dieu pour nous et non pas notre vécu ou notre ressenti personnel.
L’amour dont il est question dans la Bible n’est pas une émotion sans implication concrète ou un idéal utopique très changeant. L’interprétation sentimentale de cet amour n’est pas celle que Dieu enseigne.

Il ne s’agit donc certainement pas dans ce commandement de l’amour du prochain en lien avec l’amour de soi-même, mais de l’amour du prochain dans la prise de conscience de ce qui nous réunit au sein de notre humanité commune, et ceci dans le but de l’aimer et de l’aider ; dans l’humilité et dans l’obéissance à la volonté de Dieu, en manifestant aux autres le même amour que Dieu a pour nous. Voilà la véritable base de notre amour pour les autres. Ainsi, apprenons à aimer notre prochain, car il est comme nous.
Past. Xavier LAVIE